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#351 Le 03/11/2017, à 10:12

jackpot

Re : Qu'est-ce que tu lis en ce moment...?

« La société du spectacle » (Guy Debord)

Le livre est divisé en 9 chapitres réunissant 221 courts paragraphes à très hauts niveaux conceptuels.

La société du spectacle dans laquelle nous sommes enlisés jusqu' au cou (et dans laquelle nous sommes tous à la fois victimes et acteurs) est analysée ici avec une pertinence constante, une grande profondeur dans une perspective historique reculée mais aussi contemporaine, avec même quelques accents de prescience pour un ouvrage rédigé en 1967.  L'auteur décrit bien toutes les formes d'aliénation qu'elle génère au cœur même de l'homme moderne quand le spectacle finit par devenir la réalité même et que la réalité devient elle-même spectacle (et là Guy Debord -qui rédige donc ce livre en 1967- semble déjà avoir l'intuition des émissions de « télé-réalité » de notre époque).

Par ailleurs, la lucidité et l'exigence critiques de l'auteur vont très loin quand il affirme que la critique du spectacle peut elle-même tomber dans un piège :
 

Guy Debord a écrit :

Pour décrire le spectacle, sa formation, ses fonctions, et les forces qui tendent à sa dissolution, il faut distinguer artificiellement des éléments inséparables. En analysant le spectacle, on parle dans une certaine mesure le langage même du spectacle, en ceci que l'on passe sur le terrain méthodologique de cette société qui s'exprime dans le spectacle. Mais le spectacle n'est rien d'autre que le sens de la pratique totale d'une formation économico-sociale, son emploi du temps. C'est le moment historique qui nous contient. 

(Et là on pourrait penser aux limites d'une émission comme « Arrêts sur Images » -et à un autre niveau bien plus bas-  à « Touche pas à mon poste » de Cyril Hanouna)

Par ailleurs, pour l'auteur, clairement, les maîtres de cette société du spectacle sont issus de la bourgeoisie = " la seule classe révolutionnaire qui ait jamais vaincu,  en même temps qu'elle est la seule pour qui le développement de l'économie a été cause et conséquence de sa mainmise sur la société. » Démonstration faite dans le chapitre IV intitulé « Le Prolétariat comme sujet et comme représentation. »

On ne ressort pas indemne d'une lecture pareille tant le constat est accablant et nous ramène à réfléchir sur nos propres comportements aliénés dans notre besoin constant et sans cesse renouvelé de spectacles  et de divertissements au sens les plus larges du terme. Et ce, d'autant plus avec les moyens modernes de diffusion et de transmission des images et des infos, sans oublier la puissance des réseaux sociaux où on est plus souvent spectateurs qu'acteurs et qui nous mettent, au fond, à la porte de nous-mêmes.

Guy Debord a écrit :

 Comme autre côté de la déficience de la vie historique générale, la vie individuelle n'a pas encore d'histoire. Les pseudo-événements qui se pressent dans la dramatisation spectaculaire n'ont pas été vécus par ceux qui en sont informés ; et de plus ils se perdent dans l'inflation de leur remplacement précipité, à chaque pulsion de la machinerie spectaculaire. 

... Ce qui peut faire penser aux nouvelles chaînes télé d'info en continu, à Tweeter etc...

En arrivant à la fin du livre, on aimerait quand même bien que l'auteur nous donne des perspectives possibles de sortie de ce doux cauchemar éveillé. Mais ce n'est pas son sujet ni son projet. Par contre, il affirme clairement ceci dans une préface rédigée en 1992 : « Il faut lire ce livre en considérant qu'il a été sciemment écrit dans l'intention de nuire à la société spectaculaire. » Et ça, on peut dire qu'il le fait fort bien !

Edit
 :  l'ouvrage est extrêmement difficile d'accès ce qui en rend la compréhension pas facile du tout, le plus souvent.  Mais il est essentiel et la prise de tête, à mon avis, vaut le coup même si on peut trouver qu'il y a pas mal de redites ou de déclinaisons d'une même démarche faite sur des  modes et des approches varié(e)s.  Donc à lire en prenant le temps sur des semaines (pour ne pas dire des mois) et à doses homéopathiques. Pour être honnête, j'ai carrément calé sur la compréhension de certains paragraphes. Donc si quelqu'un l'a lu en « mode actif » (comme j'ai essayé de le faire), en éprouvant les mêmes difficultés,  ça serait sympa de pouvoir échanger entre nous pour mieux éclairer nos lanternes respectives. Car c'est vraiment le genre de bouquin dont on peut avoir envie de discuter après l'avoir lu. On ne peut pas le refermer comme ça.


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#352 Le 03/11/2017, à 10:13

jackpot

Re : Qu'est-ce que tu lis en ce moment...?

godverdami a écrit :

Pour se divertir, "Maudit Karma", un livre bien sympathique de David SAFIER qui est un écrivain allemand

Kim Lange est une femme comblée, animatrice télé, riche, vie de luxe,  trompe son mari à tour de bras et puis un stupide accident la fait passer de vie à trépas....pour se retrouver réincarnée en fourmi.
Et là c'est la galère, elle se retrouve dans la société des fourmis, hyper hiérarchisée, à travailler toute la journée sous la coupe d'un chef qui l'engueule quand par exemple, elle n'a pas réussi à correctement sécuriser un haribo...etc... tout ça ponctué par des discussions avec Bouddha.
La conscience du monde est restée et elle n'aura de cesse que de tenter de faire capoter la drague qu'a entrepris son ancienne  meilleure copine sur son mari devenu veuf.

Rires assurés car c'est truffé d'humour et je laisse à chacun le soin d'en tirer la substantifique moelle. Mais après lecture du livre, vous réfléchirez à 2 fois avant d'écraser une fourmi

C'est noté pour moi. Thanks You Man ! wink


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#353 Le 03/11/2017, à 10:51

Rufus T. Firefly

Re : Qu'est-ce que tu lis en ce moment...?

Le spectacle dont parle Debord n'a pas grand-chose à voir avec la télé...

Guy Debord a écrit :

Tout ce qui était directement vécu s'est éloigné dans une représentation

Exemple : aujourd'hui on tourne autour du pâté de maison, à moitié torché, en braillant "on a gagné". Ça, c'est la représentation de ce qui était directement vécu, à savoir la participation bien réelle à des matchs de ballon ou d'autre chose.
ou encore

La société du spectacle : « le règne autocratique de l’économie marchande ayant accédé à un statut de souveraineté irresponsable, et l’ensemble des nouvelles techniques de gouvernement qui accompagnent ce règne »
Guy Debord, Commentaires sur la société du spectacle (1988), Paris, Gallimard, 1992, p.14

Les nouvelles techniques de gouvernement peuvent faire appel à de nouvelles technologies (internet par exemple), mais pas seulement...

Dernière modification par Rufus T. Firefly (Le 03/11/2017, à 10:52)


La provocation est une façon de remettre la réalité sur ses pieds. (Bertolt Brecht)
Il n'y a pas de route royale pour la science et ceux-là seulement ont chance d'arriver à ses sommets lumineux qui ne craignent pas de se fatiguer à gravir ses sentiers escarpés. (Karl Marx)
Il est devenu plus facile de penser la fin du monde que la fin du capitalisme

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#354 Le 03/11/2017, à 19:53

jackpot

Re : Qu'est-ce que tu lis en ce moment...?

Rufus T. Firefly a écrit :

Le spectacle dont parle Debord n'a pas grand-chose à voir avec la télé...

Mais tout à voir avec (entre autres, bien sûr) le concept de l'image, il me semble. Donc avec tout ce qui se rapporte à l'image et aux images Et à la puissance des représentations qu'elles peuvent susciter en nous. Ceci comprenant l'abrutissement des masses, (auxquelles nous appartenons tous, peu ou prou), bien entendu. En terme de concept opératoire à travers les époques, le concept de "spectacle" ne commence pas avec « la télé » d'ailleurs : on peut tout autant estimer qu'il a bien pu naître avec les gravures rupestres à l'âge des cavernes.

Edit : je n'ai pas encore lu « Les commentaires ». Je viens seulement de l'acheter mais je ne l'ai pas encore lu, en espérant qu'il m'aidera à décrypter ce qui m'a posé problème en termes de compréhension dans « La société du spectacle. » Car, comme je l'ai déjà dit plus haut, j'ai vraiment calé sur certains paragraphes.

Dernière modification par jackpot (Le 03/11/2017, à 19:55)


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#355 Le 04/11/2017, à 18:52

jackpot

Re : Qu'est-ce que tu lis en ce moment...?

@ Rufus : un entretien audio entendu en début d'après-midi qui traite de ce que la littérature est devenue depuis l'émission « Apostrophes ». Il y est justement question de Guy Debord et de sa conception de la notion de spectacle. L'invité (Vincent Kaufmann) a d'ailleurs rédigé un livre sur Guy Debord (La révolution au servie de la poésie) que je n'ai pas lu.

https://www.franceculture.fr/emissions/ … postrophee


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#356 Le 23/11/2017, à 08:55

jackpot

Re : Qu'est-ce que tu lis en ce moment...?


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#357 Le 27/11/2017, à 20:06

CM63

Re : Qu'est-ce que tu lis en ce moment...?

Bonjour,

En ce moment je lis "La courée" de Marie-Paul Armand. C'est une petite saga de gens du nord de la France, ça commence en 1840 et quelques, le train vient de se développer. La première héroïne travaille dans une filature. Ensuite elle se marie , a des enfants, etc, et il y a 3 tomes, je ne sais pas à quelle époque ça fini, je vous le dirai.


D'sous n'a mis, est-elle avare, frivole ou tellurique?

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#358 Le 29/11/2017, à 16:50

jackpot

Re : Qu'est-ce que tu lis en ce moment...?

« La pensée de Karl Marx » (Jean-Yves Calvez)

Un ouvrage érudit qui présente dans le détail les différentes facettes de la pensée et du système de Karl Marx depuis ses premiers écrits jusqu'à son œuvre majeure, « Le Capital ». Une large part est consacrée à tout ce qui a trait à la philosophie de Marx, à ses influences et à leur dépassement. De temps à autre, l'auteur s'interroge aussi sur certaines contradictions de la pensée de Marx et sur son idéalisme aussi, ce qu'il appelle dans un chapitre : « Les difficultés de la pensée de Marx. »

Ouvrage parfois difficile d'accès d'où la nécessité de prendre son temps, de procéder aussi à quelques allers-retours, voire de prendre des notes pour s'y retrouver et prendre un peu de recul.

Mais c'est du sérieux et l'auteur fait preuve d'une grande honnêteté intellectuelle, il me semble.


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#359 Le 30/11/2017, à 17:54

jackpot

Re : Qu'est-ce que tu lis en ce moment...?

« Commentaires sur la société du spectacle » de Guy Debord.

21 ans après avoir rédigé « La société du spectacle », l'auteur revient vérifier ses thèses dans un petit livre beaucoup plus accessible que le premier. Et il ne peut que constater que le spectacle a continué partout de se renforcer non seulement au centre mais jusqu'à de nouvelles périphéries.

En 1967, le spectacle qu'évoquait Debord était essentiellement celui du règne autocratique de l'économie marchande et des nouvelles techniques de gouvernement qui accompagnait ce règne.   

Tout en précisant qu'il n'y a pas un seul mot, pas une seule phrase à changer dans son premier opus de 1967, en 1988, Debord analyse l'emprise du spectacle dans toutes les sphères de la société et évoque la politique-spectacle, la justice-spectacle, la médecine-spectacle sous l'emprise des mass-media, toutes au service d'un « pouvoir spectaculaire qui détient tous les moyens de falsifier l'ensemble de la production aussi bien que celui de la perception. »

Quelques extraits de ces « Commentaires » qui résonnent très fort en 2017 (même si certains mériteraient d'être amplement discutés) :

Une définition précise à méditer pour commencer :

Guy Debord a écrit :

 La société modernisée jusqu'au stade du spectaculaire intégré se caractérise par l'effet combiné de cinq traits principaux, qui sont : le renouvellement technologique incessant, la fusion économico-étatique ; le secret généralisé ; le faux sans réplique ; un présent perpétuel. 


À propos d'un certain « mélange des genres » que beaucoup aiment bien pratiquer de nos jours (et pas que le personnel politique) :

 

Guy Debord a écrit :

C'est dans de telles conditions que l'on peut voir se déchaîner soudainement, avec une allégresse carnavalesque, une fin parodique de la division du travail ; d'autant mieux venue qu'elle coïncide avec le mouvement général de disparition de toute vraie compétence. Un financier va chanter, un avocat va se faire indicateur de police, un boulanger va exposer ses préférences littéraires, un acteur va gouverner, un cuisinier va philosopher sur les moments de cuisson comme jalons dans l'histoire universelle. 


À  propos de la société des « experts » :

Guy Debord a écrit :

Tout expert sert son maître. 

À  propos du "terrorisme" :

 

Guy Debord a écrit :

Cette démocratie si parfaite fabrique elle-même son inconcevable ennemi, le terrorisme. Elle veut en effet être jugée sur ses ennemis plutôt que sur ses résultats. (…) Les populations spectatrices ne peuvent certes pas tout savoir du terrorisme, mais elles peuvent toujours en savoir assez pour être persuadées que, par rapport à ce terrorisme, tout le reste devra leur sembler plutôt acceptable, en tout cas plus rationnel et plus démocratique. 

À propos de l'informatique :

 

Guy Debord a écrit :

Le langage binaire de l'ordinateur est également une irrésistible incitation à admettre dans chaque instant, sans réserve, ce qui a été programmé comme l'a bien voulu quelqu'un d'autre, et qui se fait passer pour la source intemporelle d'une logique supérieure, impartiale et totale. Quel gain de vitesse et de vocabulaire pour juger de tout ! Politique ? Social ? Il faut choisir. Ce qui est l'un ne peut être l'autre. Mon choix s'impose. On nous siffle, et l'on sait pour qui sont ces structures. Il n'est donc pas surprenant que, dès l'enfance, les écoliers aillent facilement commencer, et avec enthousiasme, par le Savoir Absolu de l'informatique : tandis qu'ils ignorent toujours davantage la lecture, qui exige un véritable jugement à toutes les lignes ; et qui seule aussi peut donner accès à la vaste expérience antéspectaculaire. Car la conversation est presque morte, et bien tôt le seront beaucoup de ceux qui savent parler. 

À propos de la Science :

Guy Debord a écrit :

 On ne lui demande plus de comprendre le monde, ou d'y améliorer quelque chose. On lui demande de justifier instantanément tout ce qui se fait. (…) Science de la justification mensongère » dans tous les domaines (chimie agro-alimentaire, industrie pharmaceutique...)

À propos du « Secret » et de la « Rumeur » :

Guy Debord a écrit :

 Notre société est bâtie sur le secret, depuis les « sociétés-écrans » qui mettent à l'abri de toute lumière les biens concentrés des possédants jusqu'au « secret-défense » qui couvre aujourd'hui un immense domaine de pleine liberté extrajudiciaire de l'Etat. 

(…)

La rumeur a été à l'origine superstitieuse, naïve, auto-intoxiquée. Mais, plus récemment, la surveillance a commencé à mettre en place dans la population des gens susceptibles de lancer, au premier signal, les rumeurs qui pourront lui convenir.

 

Et les solutions alors ? La (ou les) révolution(s) ?

D'un côté l'auteur est très lucide :

Guy Debord a écrit :

La cohérence de la société du spectacle a, d'une certaine manière, donné raison aux rêves révolutionnaires, puisqu'il est devenu clair que l'on ne peut y réformer le plus pauvre détail sans défaire tout l'ensemble. Mais, en même temps, cette cohérence a supprimé toute tendance révolutionnaire organisée en supprimant les terrains sociaux où elle avait pu plus ou moins bien s'exprimer : du syndicalisme aux journaux, de la ville aux livres. 

Mais à la fin il se lâche en évoquant la société qui devrait succéder à la révolution (et on sent là très fortement l'influence de Marx) :

Guy Debord a écrit :

 Il est juste de reconnaître la difficulté et l'immensité des tâches de la révolution qui veut établir et maintenir une société sans classes. Elle peut assez aisément commencer partout où des assemblées prolétariennes autonomes, ne reconnaissant en dehors d'elles aucune autorité ou propriété de quiconque, plaçant leur volonté au-dessus de toutes les lois et de toutes les spécialisations , aboliront la séparation des individus, l'économie marchande, l'Etat. Mais elle ne triomphera qu'en s'imposant universellement, sans laisser une parcelle de territoire à aucune forme subsistante de société aliénée.

(…)

Qui peut encore croire à quelque issue moins moins radicalement réaliste ? 


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